La parole et le pain

Claire Balverde, Michée France

« Le pain ne suffit pas à faire vivre l’homme. Celui-ci a besoin aussi de toutes les paroles qui sortent de la bouche de Dieu », ce passage de Deutéronome 8.3 est cité par Jésus au moment de la tentation dans le désert (voir Mat. 4.4). Il est intéressant de voir que ce texte rapproche deux événements séparés par deux mille ans d’histoire : les 40 ans de traversée du désert par le peuple juif après le passage de la mer morte et les 40 jours de jeûne dans le désert par Jésus après son baptême d’eau. Ces deux expériences sont particulièrement éprouvantes tant physiquement que psychologiquement et spirituellement. Dans ces déserts, ceux qui étaient choisis et mis à part pour Dieu ont été éprouvés. « Il (Dieu) voulait savoir ainsi ce que vous aviez dans le cœur et si vous vouliez respecter ses commandements, oui ou non » (Deut. 8.2). Autant la nourriture garantit la vie du corps, autant les commandements divins assurent la vie spirituelle.

Mais comment Jésus articulait-il ces deux types de nourriture ? A sa suite, quelle place l’Église doit-elle accorder à chacune ? Voyons quel éclairage le récit de Marc 8.1-10 sur la multiplication des pains apporte sur le sujet.

Dépasser les frontières et les préjugés

 

Il est important de noter que notre récit se déroule dans une région peuplée en majorité de non-Juifs. Jésus vient d’opérer des délivrances et des guérisons provoquant l’ébahissement le plus total de la foule. Nous pouvons imaginer aussi la surprise des disciples en voyant Jésus exercer son ministère auprès de païens. Les Juifs religieux ne se mêlaient pas aux autres peuples car, dans leur esprit, le saint peuple d’Israël ne doit pas être souillé par ceux qui adorent de faux dieux. Mais Jésus enseigne ainsi à ses disciples que le Royaume des cieux est désormais accessible à toutes les nations. La foule est tellement fascinée par le Christ qu’elle reste à ses côtés dans un lieu désert durant trois jours sans nourriture ni toit sous lequel dormir la nuit. N’est-ce pas un témoignage de leur faim spirituelle ? Ils voulaient recevoir davantage d’enseignements et de signes de la part de Jésus. Mais leur corps aussi était affamé, même si l’être humain peut survivre bien plus longtemps sans manger. Jésus est sensible non seulement à la situation spirituelle de la foule mais aussi à la condition physique dans laquelle elle se trouve. Il prend en considération l’être dans sa globalité.

Ainsi « la mission intégrale » invite l’Église, c’est-à-dire chaque disciple du Christ, à accueillir et aimer son prochain en action et en vérité.  Avons-nous tendance à ne voir qu’un aspect des besoins de ceux qui nous entourent ? Sommes-nous prêts à voir les autres comme Dieu les voit, au-delà de ce qui nous sépare ?

Comme Jésus, franchissons les frontières ! Que notre Église sorte de ses murs physiques et qu’elle aille à la rencontre des autres !

S’émouvoir, oser ressentir

 

Jésus déclare alors à ses disciples : « je suis ému par cette foule ». Cet emploi à la première personne du singulier du verbe « s’émouvoir » est unique dans le Nouveau Testament. Les émotions de Jésus sont rarement placées dans sa propre bouche mais généralement exprimées par le narrateur. Ici Jésus est ému et il le dit. En grec, le mot « s’émouvoir » est construit à partir de la racine « boyaux, entrailles, cœur » car ils étaient considérés par les hébreux comme le siège des émotions les plus tendres telles que la compassion, l’affection, la pitié, la tendresse, etc. Qui n’a jamais ressenti cet élan du cœur perceptible physiquement et témoin d’un amour intense envers une autre personne ?  Jésus se tient devant cette foule de 4000 personnes qui n’a pas de quoi manger et il ressent de la compassion. Plusieurs passages bibliques nous enseignent que Dieu est compatissant par nature (2 Rois 13.23 ; 2 Chr 36.13-15 ; Ps 78.35 ; Ps 111.4 ; Lam 3.22 ; Mic 7.19 ; Luc 15.20). Ainsi, à plusieurs reprises, les récits évangéliques présentent Jésus – de la même nature que le Père – rempli de compassion (Mat 9.36, 14.14, 15.32, 18.27, 20.34 ; Marc 1.41, 6.34, 8.2, 9.22 ; Luc 7.13, 10.33).

En 2016, 815 millions de personnes souffraient de sous-alimentation chronique dans le monde, et la tendance est maintenant à la hausse (777 millions en 2015), après une baisse constante depuis l’an 2000. Dieu a compassion de ces personnes, voilà qui nous interpelle ! Quand, pour la dernière fois, avons-nous ressenti de la compassion pour quelqu’un qui nous est étranger ? Quand avons-nous vu le besoin des autres si intensément que notre cœur en était touché ?

Comme Jésus, que notre motivation soit l’amour ! Que notre Église soit remplie d’amour et de compassion !

Passer à l’action, sortir de sa zone de confort

 

Les disciples de Jésus s’associent à sa préoccupation. Ils ont déjà vécu une situation similaire (Marc 6.30-44) et, cette fois-ci, ils se sentent vraiment concernés par le problème. Ils ne demandent pas à leur maître de renvoyer la foule pour que chacun se débrouille. De plus, Jésus n’a plus à insister sur leur responsabilité en disant : « donnez-leur vous-mêmes à manger ». Les disciples ont compris qu’ils ont à agir pour répondre au besoin de cette foule. Ici, ils anticipent et évaluent rapidement ce qu’ils ont à disposition avant même que Jésus ne leur dise d’aller voir. Avant de distribuer, ils réunissent rapidement les ressources qu’ils ont à portée de la main : sept pains et quelques petits poissons. Ils font leur part. Ils ont déjà expérimenté que Jésus peut multiplier la nourriture mais pour une foule juive ; le fera-t-il pour des païens ? Peut-il accomplir à nouveau ce miracle ? Le seul moyen de le savoir est justement de sortir de sa zone de confort et de relever le défi.

Les nations, à travers l’ONU, se mobilisent pour atteindre les 17 objectifs du développement durable (ODD) dont le deuxième veut « Éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable ». L’Église, en tant que communauté des disciples du Christ, a un rôle à jouer dans la lutte contre la pauvreté et la faim physiques et spirituelles. Réalisons-nous que c’est aussi notre responsabilité ? Sommes-nous prêts à sortir de notre zone de confort ? Quels sont les moyens que Dieu nous a donnés ?

Comme les disciples sollicités par Jésus, passons à l’action ! Que notre Église agisse concrètement dans le monde en faisant sa part !

Demander l’intervention de Dieu, prier

 

Que sont sept pains et quelques petits poissons face à une immense foule de 4000 personnes ? Si chaque pain pesait 400 g, cela aurait représenté 0,7 g de pain par personne. Humainement parlant, c’est une miette et incapable de « rassasier » quiconque. Mais les disciples ont déjà vu l’impossible se produire et ils ne négligent pas les dons qu’ils ont reçus. Ils savent que Dieu agit quand l’homme reconnait ses limites. Ils font leur part et remettent à Jésus tout ce qu’ils ont reçu. Jésus demande à la foule de s’installer par terre, il prend les sept pains et il rend grâce. Être reconnaissants à Dieu quand nous sommes dans le besoin, voilà une attitude peu naturelle. Notre prière aurait plutôt tendance à ressembler à une requête qu’à un remerciement. Mais, dans cette action de grâce, nous discernons la foi de Jésus en la provision divine. A ce moment précis, tous dépendent de Dieu seul ! Puis Jésus rompt les pains et se met à les donner à ses disciples pour qu’ils les distribuent. La nature divine de Jésus est à nouveau révélée par sa puissance de création. Jésus multiplie, c’est-à-dire qu’il crée à partir des pains et des poissons qui lui ont été confiés. Tous sont rassasiés et sept grandes corbeilles sont remplies de restes. Les disciples, de leur côté, ont la tâche de la distribution « à volonté » de ce repas.

Face aux besoins de ce monde, Dieu pourvoit. Mais les êtres humains ne sont pas justes dans la distribution. L’égoïsme l’emporte souvent sur la solidarité. Sommes-nous prêts à remettre à Dieu ce qui nous appartient afin qu’Il l’utilise pour sa gloire ? Avons-nous foi en l’intervention divine pour multiplier nos dons ?

Comme Jésus, rendons grâce à Dieu pour sa capacité à multiplier ce que nous lui donnons. Que notre Église soit généreuse par ses dons et ses prières, confiante que Dieu s’occupe de l’impossible !

En conclusion, l’Église en tant que communauté des disciples de Jésus est appelée à traverser les frontières et les préjugés pour se laisser gagner par la compassion. Cet amour est destiné à être manifesté par des actions concrètes pour répondre aux besoins tant spirituels (la Parole) que physiques (le pain) de ceux qui nous entourent. Conscients de nos limites, mettons notre foi en Dieu et rendons Lui grâce pour Son intervention surnaturelle ! Vivons un accueil généreux !

Ce texte est une collaboration de Michée France 

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